Céna, victoire et défaite

Publié le par Rochereau


 

Conformément à chaque élection, le contrôle de la Commission Electorale Nationale Autonome (Céna) est l’occasion d’une foire d’empoigne qui ne perd pas de son intensité. La détermination de chaque camp trouve sa motivation dans la conviction inébranlable qu’avec le contrôle de cette institution, une option non négligeable dans la victoire est déjà assurée. Pour les prochaines échéances électorales, la donne qu’est le contrôle de la Céna semble d’autant plus compliquée qu’elle est parallèlement accompagnée de la problématique Lépi. Mis à part tous les calculs et tractations politiques qui entourent le contrôle de la Céna, il demeure néanmoins LA question fondamentale : est-ce que la main mise sur cette institution garantie la victoire aux élections ? La réponse est NON. Et ce pour trois raisons.

 

La première des raisons tient en une observation empirique. Il y a eu des élections au Bénin dont la famille politique perdante avait pourtant le contrôle de la Céna. La plus emblématique de ces élections est sans aucun doute la présidentielle de 2006. Boni Yayi qui allait en être le vainqueur n’avait pour lui que la ferveur et l’engouement populaire suscités par un réel désir de changement. A l’opposé, la garde politique contrôlait le processus électoral dans ses moindres détails. On connaît la suite. Boni Yayi fut massivement élu sans que quiconque trouve à redire. Partant de là, on en arrive à la seconde du pourquoi le contrôle de la Céna n’est pas synonyme de victoire.

 

Dans un processus aussi libre et caractérisé par la traçabilité, il n’est tout simplement pas possible de tricher de la manière dont on veut le faire croire. Techniquement, la véritable faille dans le système réside au niveau de l’inscription sur les listes électorales. Nos pays ont la particularité de posséder des état-civils plus ou moins défaillants. Il n’est pas étonnant de constater à cet effet qu’une personne peut posséder plusieurs identités et s’inscrire donc de ce fait à de multiples reprises sur des listes électorales à l’occasion de la même élection. Mais pour que ce type de fraude ait un impact, il faut que d’une part il soit entrepris à très grande échelle. Ce qui ne pourra dès lors passer inaperçue. D’autre part, il faut que l’écart soit très serré pour en tirer un bénéfice certain. Dans n’importe quel cas de figure, des contentieux rigoureusement menés suffisent à démasquer presque toujours la supercherie.

 

La troisième raison du pourquoi le contrôle de la Céna n’est pas synonyme de victoire, est qu’en s’assurant la main mise sur cette institution, on ne possède heureusement pas la conscience des électeurs. Ceci est une évidence que les politiques oublient trop souvent lorsqu’ils se donnent la peine de corrompre les électeurs et le processus. Puisque le Bénin n’est pas le monde de 1984 de Georges Orwell, ils n’ont aucune garantie que le citoyen sur lequel ils s’appuient votera dans le sens qu’ils souhaitent. L’histoire politique du Bénin depuis 1991 est jalonné des ‘’lâchages’’ des candidats par un corps électoral que ces candidats croyaient acquis corps et âme. S’échiner à mettre la Céna dans sa poche, c’est tout simplement oublier que chez nous, les élections comportent une grosse part d’incertitudes et d’inconnus.

Publié dans Article de presse

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