Mandat d’arrêt international contre Charles Blé Goudé:(Le parcours de l’homme)

Publié le par Rochereau

Le vendredi 1er juillet 2011, le procureur de la République ivoirienne Simplice Koffi Kouadio a lancé un mandat d’arrêt international contre le général de la rue, Charles Blé Goudé et d’autres barrons du régime Gbagbo. Il n’y a pas longtemps, l’ancien président de la Fédération estudiantine et scolaire (Fesci) était dans nos murs au Bénin et logeait à Calavi. Craignant d’être extradé compte tenu de la forte pression exercée par le président ivoirien Allassane Ouattara sur Boni Yayi, il a décidé de retourner au Ghana où les autorités ne sont pas encore décidées à coopérer avec le nouveau pouvoir ivoirien. Il reste à savoir si le chef de l’Etat béninois va extrader les autres ivoiriens soupçonnés dans leur pays ou non. En vue de comprendre davantage le dossier Blé Goudé et de mieux connaitre le personnage, nous lui consacrons ce dossier. Lisez plutôt.

 

Rochereau AVIDOUTE

 

 

Des ambitions politiques compromises

 

Charles Blé-Goudé.

Dans un entretien qu'il avait accordé récemment à nos confrères de Jeune Afrique, Charles Blé Goudé assurait vouloir rentrer dès que possible au pays pour jouer sa partition d'opposant et participer activement à la réconciliation.

Selon nos informations, des contacts avaient été noués avec Guillaume Soro, mais son ancien camarade de la Fesci (Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire), le sulfureux syndicat étudiant, se refusait de lui promettre une amnistie en contrepartie de son retour.

Si le chef des jeunes patriotes que l'on signalait ces derniers temps au Bénin puis au Ghana foule à nouveau le sol ivoirien, ce ne sera donc pas pour faire valoir ses talents de tribun dans les rues, les stades ou les salles de conférence, mais pour se défendre dans le bureau d'un juge.

Déjà sous sanctions des Nations unies depuis 2006, l'ONU ayant gelé ses avoirs à l'étranger et lui ayant interdit de quitter le territoire, Charles Blé Goudé se retrouve désormais visé par un mandat d'arrêt international délivré dans le cadre de l'information judiciaire ouverte pour vol aggravé, détournement de deniers publics, pillage, concussion et atteinte à l'économie publique.

Si le général de la jeunesse assure être habitué à la clandestinité, d'après le procureur de la République, le juge d'instruction chargé de l'affaire sait très bien où il se trouve. Les grandes ambitions politiques de Charles Blé Goudé semblent aujourd'hui sérieusement menacées.

Ouattara demande le soutien de Yayi et de Faure pour traquer ses compatriotes exilés

Malabo, théâtre du 17ème sommet des chefs d’Etat de l’union africaine qui s’est terminé le vendredi 1er juillet dernier a été l’occasion pour le président ivoirien de glisser des demandes d’aide à ces homologues voisins.

En effet, selon nos informations émanant de deux sources présidentielles, l’une togolaise et l’autre Béninoise, toutes deux présentent à Malabo lors du sommet, nous apprenons que le président ivoirien a insisté lors des audiences en marge du sommet sur la coopération des états dans le cadre des enquêtes sur les présumés coupables de crimes et délits commis lors de la période de la crise post électorale.

Si la volonté de l’extension du gel des avoirs des 251 personnes présumées coupables a été une des mesure formulée lors du dernier conseil des ministres, nous apprenons de nos sources que cette proposition aura été un des points abordé par le président Ouattara qui compte bien s’assurer de l’entière collaboration des pays voisins, refuge pour l’heure d’un grand nombre des recherchés de l’ancien régime.

Nous apprenons que, sur cette question de la traque aux présumés coupables, présent dans ce cas au Bénin ou au Togo, l’affaire serait, au niveau du sommet de l’Etat de ces derniers, un sujet très sensible et mené avec extrême prudence. Les présidents Yayi et Gnassingbé seraient actuellement à la manœuvre et auraient livré un nombre important de renseignements concernant certains recherchés présents dans leurs pays respectifs, apprenons nous de nos sources qui, les deux, ne citeront aucun nom par mesure de sécurité.

Toujours selon nos informations, si la coopération semble être active et efficace entre la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo, celle du Ghana n’apparaît pas évidente à cette heure et l’opacité des autorités ghanéennes à notre niveau sur la question en témoigne.

À l'image des rapports entre Ouattara et le président de l'Union africaine, Obiang Nguema, la guerre froide entre le Ghana et la Côte d’Ivoire aura été une fois de plus remarquée lors du sommet. Tout indique que le frontalier, refuge de prédilection d’un grand nombre des traqués, civils comme militaires, ne soit prêt à extrader ou gelés les avoirs de ces derniers, cette attitude serait, dans l'ombre, encouragée par le président Equato-Guinéen, éternel soutien de poids de l'ancien régime.

Qui est Charles Blé Goudé

Charles Blé Goudé, surnommé le “général de la jeunesse” par ses sympathisants, est l’artisan de toutes les manifestations pro-Gbagbo : devant la base militaire française d’Abidjan du 43è BIMA, sur les plateaux TV, et toujours en tête de tous les grands rassemblements pro-régime.

Ancien responsable de la Fédération estudiantine et scolaire (Fesci), âgé d’une trentaine d’années, d’apparence frêle, presque toujours coiffé d’une casquette de base-ball souvent retournée visière derrière, responsable de l’Alliance de la jeunesse patriotique, puis du Congrès panafricain des jeunes patriotes (Cojep), c`est un homme qui sait enflammer les foules.

Le Président du Congrès Panafricain des Jeunes Patriotes (COJEP) Charles Blé Goudé est né le 01 Janvier 1972 à Niagbrahio dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. Sa vie se confond intimement avec l’histoire de la lutte syndicale estudiantine Ivoirienne. Cela lui a valu d’être emprisonné huit fois pour son engagement entre 1994 et 1999.

En 1990 lorsque le vent du multipartisme souffle sur la Côte d’Ivoire, il adhère à la toute puissante Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI). En 1991 alors élève en classe de terminale au lycée classique d’Abidjan il passe dans la clandestinité le baccalauréat, série A1 avec succès. Orienté au département d’anglais de l’Université de Cocody il poursuit ses activités Syndicales à la cité Universitaire de Yopougon où il occupe successivement les postes de secrétaire adjoint à l’organisation, secrétaire à l’information puis secrétaire à l’organisation de la section FESCI de ladite cité.

En 1996 il entre au bureau national pour assumer les fonctions de secrétaire national à l’organisation.

En 1998 il est porté à la tête du mouvement par l’ensemble des élèves et étudiants pour un mandat de deux ans qui se révélera comme l’un des plus mouvementés d’un secrétaire Général élu.

En effet, la répression du pouvoir PDCI d’alors dirigé par Henri Konan Bédié était des plus féroces. Ainsi en 1999 Mr Blé est arrêté puis emprisonné sans jugement. Gravement malade, il fut enchaîné sur son lit d’hôpital. Cette image jeta l’émoi au sein de l’opinion nationale et internationale.

En outre, à l’avènement de la junte militaire du Général Guei au pouvoir en décembre 1999 la FESCI est l’objet de convoitise de la part des forces politiques. Le mouvement est alors traversé par une grave crise idéologique. En mai 1999 le secrétaire général dû faire face à une dissidence menée par les partisans de l’inféodation du mouvement aux impérialistes et à leurs valets locaux (Alassane Ouattara notamment). Mis en déroute par la majorité des élèves et étudiants ils se réfugient dans deux pays limitrophes (Burkina Faso, Mali) d’où ils reviendront le 19 septembre 2002 sous la forme d’une rébellion armée pour renverser le pouvoir démocratiquement élu en place.

Aux élections présidentielles d’octobre 2000, le socialiste Laurent GBAGBO est opposé au chef de la junte Robert Guei. Charles Blé GOUDE appelle de façon courageuse la jeunesse à voter pour Laurent GBAGBO, seule voie selon lui de préserver la démocratie.

Au terme de son mandat à la tête de la FESCI il crée en juin 2001 en compagnie d’amis Africains le Congrès Panafricain des Jeunes Patriotes (COJEP), mouvement de lutte contre l’impérialisme et le néo-colonialisme.

Le 26 septembre 2002 une semaine après le début de l’attaque armée contre la Côte d’Ivoire il suspend ses études en Angleterre et regagne Abidjan pour organiser la résistance pacifique. Il rallie plusieurs mouvements de jeunesse à son combat en créant l’alliance de la jeunesse pour le sursaut national. Sous son impulsion de nombreux et gigantesques rassemblements dénonçant la guerre et l’impérialisme Français sont organisés dont le plus mémorable fut celui du 01 février 2003 qui selon la presse occidentale a réuni plus d’un million de personnes.

Présenté à dessein comme un extrémiste adepte de la violence par la presse Française Charles Blé Goudé prône la non violence et le rejet des armes comme moyen d’accession au pouvoir. Ses modèles sont GHANDI, Martin Luther KING et Nelson MANDELA. Son vœu le plus cher : une Afrique unie, solidaire et prospère débarrassée de tous conflits. Il le souligne si bien lorsqu’il affirme : « afin de mieux exploiter l’Afrique les impérialistes ne cessent de nous opposer les uns aux autres. Ils créent et entretiennent les foyers de conflits. Ils fournissent armes, argents et mercenaires pour détruire notre peuple. Le jour où l’africain comprendra cela, un jour nouveau se lèvera pour notre mère patrie. »

Source: cojep.org

Comment Charles Blé Goudé a quitté la Cote d’Ivoire en pleine crise

 « Je n’étais pas dans sa résidence ( Ndlr, Laurent Gbagbo) de Cocody. Je n’ai pas non plus, été arrêté, puis relâché par les Frci ( Forces républicaines de Côte d’Ivoire). J’avais pris mes dispositions. En tant qu’ancien secrétaire général de la Fesci (Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire), je suis habitué à la clandestinité ».

Ce pan de l’interview accordée par Charles Blé Goudé à l’hebdomadaire international Jeune Afrique, dans son édition N° 2630 du 5 au 11 juin 2011, se veut d’abord et avant tout, une preuve de vie de celui que la rumeur avait  donné pour mort. En plus, Blé Goudé affirme qu’il a quitté le pays, bien avant l’abime du régime…

Comment le « général de la rue », celui qui, du fond d’une « caverne », lançait encore, le 8 avril 2011, à trois jours de la chute de Laurent Gbagbo, un appel aux jeunes patriotes à s’opposer, par tout moyen, « à ceux qui massacrent, qui volent et violent », a-t-il réussi à se glisser entre les mailles des filets des ex-Forces nouvelles ?

Soir Info est, aujourd’hui, en mesure de dire, suite à une enquête, quand et comment et les circonstances dans lesquelles Blé Goudé a pu se sauver. Deux faits majeurs ont joué en faveur de « Zouzou Gbapê ». Le pacte sacré de non-agression que les dirigeants Fescistes ont passé entre eux…. Un pacte à force de « loi morale » entre eux et qui ne peut, en aucune façon, être violée…

En outre, il y a ses liens personnels avec le très craint commandant des Forces nouvelles, Issiaka Ouattara dit Wattao. Selon l’un des gardes du corps du président du Cojep (Congrès panafricain des jeunes et des patriotes), qui s’est ouvert à nous, Blé Goudé a d’abord trouvé refuge dans un grand hôtel de Yopougon Toits-Rouges, dans les environs d’une usine de traitement d’eau minérale.

Cet hôtel appartiendrait à un élu Fpi de cette commune peuplée, en majorité de partisans de l’ancien chef de l’Etat, Laurent Gbagbo. L’ex-ministre de la jeunesse y serait resté « pendant 5 jours, du 5 au 10 avril 2011 », souligne notre source. Face à la dégradation de la situation militaire sur le terrain et vu que les choses tournaient au K.O pour son camp, Blé Goudé décide, lui-même, de mettre la main à la charrue pour se mettre à l’abri de toute arrestation.

Il tente de joindre Soro Guillaume, le Premier ministre, mais n’y parvient pas. C’est un proche de Soro Guillaume qui le prend au téléphone. Selon notre source, à celui-ci, « Blé fait part de son intention de quitter le pays et qu’il sollicitait aide et protection de son frère ». Le pacte entre deux fescistes revient à la surface. Les choses vont s’accélérer dans la nuit du 9 au 10 avril, l’avant-veille de la chute de Laurent Gbagbo.

Cinq paquets de billets

Soro Guillaume a-t-il accédé à la sollicitation de « son frère » ? Toujours est-il que, selon notre source, dans la nuit du 9 au 10 avril, Blé Goudé reçoit un commandant des Frci ( Forces républicaines de Côte d’Ivoire) qui présente une forte ressemblance avec Wattao, avec qui il a eu un long entretien.

A la résidence présidentielle de Laurent Gbagbo, on est sans nouvelle de l’ancien ministre alors que tout le carré de fidèles du PR est présent. Blé Goudé a-t-il trahi et lâché le Président ? On apprend que l’un de ses gardes du corps joint, discrètement alors le général Dogbo Blé Brunot (commandant de la Grade Présidentielle), pour l’informer de ce que « le Général » reçoit la visite de « gens suspects ».

Un ordre lui est donné… Mais, dans les minutes qui suivent, Blé Goudé est immédiatement informé par un coup de fil venu d’un garde du corps de Dogbo Blé et le « judas » découvert. Il est « mis hors d’état de nuire », selon notre source.

En début d’après-midi du 10 avril 2011, on note une relative accalmie sur les lignes de front. C’est le moment idéal pour mettre les voiles…Une colonne de véhicules 4 x 4, sous bonne escorte, met le cap sur Bingerville, la deuxième capitale de Côte d’Ivoire.

A l’intérieur de l’un des véhicules, Charles Blé Goudé. L’ex-ministre de la jeunesse et de l’emploi dans le gouvernement Aké N’Gbo et sa suite mettent pied à terre à Elokaté. Blé Goudé est en compagnie, selon notre source, de Kacou Brou dit KB, commandant à la marine marchande, très connu au sein de la Fesci et Serges Koffi dit « Sroukou Trèmin-Trèmin », ex-dirigeant de la Fesci.

Là, ils embarquent dans une pinasse et gagnent un village du département de Grand-Bassam. Mais Blé Goudé et sa suite ne sont pas au bout de leurs peines. Peu après ce village dont nous taisons le nom pour des raisons de sécurité, ils tombent sur un barrage des « jeunes du Rhdp ». Il y a de l’électricité dans l’air.

Selon notre source, Blé Goudé, qui avait en sa possession une importante somme d’argent, propose un arrangement… Son offre est rejetée et les choses sont sur le point de dégénérer, d’autant que la nouvelle de sa présence a fait le tour du village. Mais Blé Goudé va être sauvé par un heureux coup du destin.

Ce village est celui d’un de ses « hommes » du temps où il était secrétaire général de la Fesci. Celui-ci vit et travaille à Paris (France) depuis quelques années. Il jouit, auprès des jeunes du département, d’une grande estime et d’un profond respect. « Blé Goudé le joint et lui fait part de ses ennuis dans son village », souligne notre source.

Pour le reste, les choses vont s’accélérer. Celui-ci à son tour joint le chef du village et le chef de file des jeunes et tout rentre dans l’ordre, non sans que Blé Goudé ne délie la bourse. « Il met la main dans son attaché-case et sort cinq paquets » de billets de banque.

Dès cet instant, Blé Goudé et sa suite sont placés sous la garde de ces jeunes. Le reste du trajet jusqu’à la frontière ivoiro-ghanéenne à Noé, désertée dès lors par les Fds, va se faire comme sur des roulettes. D’autres cadres de haut niveau dont des directeurs de sociétés d’Etat, des Conseillers de Laurent Gbagbo et des officiers de haut rang, dont le colonel Konan Boniface, commandant du détachement mobile d’intervention rapide ( Demir) auraient emprunté le même itinéraire que Blé Goudé pour gagner le Ghana voisin.

Certains, avons-nous appris, ont laissé des fortunes à leur passage pour couvrir leur fuite. Plusieurs véhicules de type 4 x 4 abandonnés par leurs propriétaires en fuite vers le Ghana étaient encore garés, notamment dans les environs du village d’Elokaté, dans la commune de Bingerville, la semaine dernière au moment où nous nous rendions sur les traces des anciens barons du régime Laurent Gbagbo.

Publié dans Opinion

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