Ouinsavi aussi !

Publié le par Rochereau

Le paysage politique béninois s’est enrichi avec un nouveau né issu des entrailles du pouvoir du changement. La mare ministérielle bouillonnant d’envie politique vient en effet de s’illustrer une nouvelle fois avec l’effet Ouinsavi. La ministre du commerce a rejoint la galerie politique du navire Yayi en mettant sur les fonts baptismaux l’Uni­on des forces émergentes pour la démocratie et le développement (Ufedd). Le grand ressort de la politique devient de plus en plus le support et le levier du régime du changement au moment oû Boni Yayi prône sa doctrine d’un « développement sans la politique ».

 

 

La politique est à la mode et envahit le cercle gouvernemental malgré le noble vœu affiché par le chef de l’Etat dans une séduisante rhétorique de l’émergence qui développe les vertus d’une marche pour le progrès sans les semelles politiques. Mais comme emportés par une lame de fond qui ébranle et dont le flux est dévastateur, des ministres du changement, même ceux aux casquettes de technocrates s’enfoncent dans la jungle avec des habits politiques et la mèche ostentatoire. C’est la saison des ministres créateurs de partis et donc subitement chefs de clans, coincés dans un prosélytisme troublant et pesant. A l’étrange bal de ces ministres, Christine Ouinsavi se met sur la piste de danse et s’offre l’Ufedd pour son exhibition. Chaque époque a son histoire de saltimbanque que comportent parfois des gènes politiques. Le garde des sceaux, porte- parole du gouvernement Victor Topanou a quelques jours plus tôt invité des militants aux rituels de la naissance de son Parti pour l’uni­on républicaine (Pur). Le ministre Désiré Adadja a ouvert un front politique à l’ouest de Savalou, une commune morcelée par d’insensées rivalités fratricides. Le transfuge du Madep, l’expérimenté politicien François Abiola s’est logiquement offert un outil de combat baptisé Mouvement espoir du Bénin (Meb) et promis à une conquête sans mesure du marché de suffrages du département du Plateau.

Le constat crève l’œil : a l’approche de l’inévitable remaniement et de la présidentielle de 2011, la foule de ministres fait la politique et des chefs de partis poussent comme des champignons dans l’Exécutif. La politique me paraît chose trop sérieuse pour qu’on en abuse. Quand de gens qui n’ont jamais été une seule fois responsables de classe s’amusent à créer de parti politique il y a de quoi faire sourire le chroniqueur. Mais avec de néophytes ambitieux, on devrait s’attendre à tout, même à ce qu’on brûle dangereusement des étapes. Le théâtre politique se nourrit d’incongruités et de quelques numéros de clowns pour nous distraire et nous éloigner de la grisaille perverse d’une crise d’ampleur croissante.

Doit-on continuer à croire à la sincérité du chef de l’Etat qui proclame son idéologie de " développement sans la politique " alors que son gouvernement ressemble à une machine à fabriquer des chefs de parti politique avec des ingrédients du néant ? Cette prolifération de mouvements politiques de ministres suppose la caution implicite du président de la République et vide la vision du " développement sans la politique " de sa substance. La politique semble maintenant tout écraser sur la route de 2011. L’émergence en souffrance attend des soins intensifs d’un renouvellement concret des engagements pour les initiatives inscrites dans la logique du développement. " Quand vous ne faites pas la politique, la politique vous fera " dit-on. Cette maxime n’est pas une incitation à la pagaille dans le microcosme politique. Yayi peut toujours discipliner les fantasmes dans son gouvernement en racontant à ses ministres l’histoire de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf. Sans doute que la fable de La Fontaine aura l’impact escompté pour le retour à la vocation de développement.

 

Sulpice O. Gbaguidi

Journal FRATERNITE

Publié dans Article de presse

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