Pour une session budgétaire apaisée, L’appel du Président NAGO aux députés (Lire l’intégralité de son discours)

Publié le par Rochereau

Les députés de la cinquième législature dans leur grande majorité, ont pris part hier mardi 27 Octobre 2009 à l’ouverture de leur deuxième session ordinaire de l’année 2009. C’était en présence de certains présidents des Institutions de la République, de cinq membres du gouvernement, des représentants des corps diplomatique et consulaire, des représentants d’institutions internationales, du commandement militaire, du préfet des départements de l’Ouémé/Plateau et des autorités religieuses, Dans son discours le président Mathurin Nago a dressé un bilan sommaire de la session précédente et a présenté un diagnostic et une analyse de la situation économique et socio politique très difficile au Bénin et dans le monde. Il a pour finir invité ses collègues à tenir compte de ces paramètres au cours de l’examen de la loi de Finances, gestion 2010. Dans son discours d’ouverture de cette session ordinaire, le président de l’Assemblée nationale s’est d’abord réjoui de la tenue effective de cette cérémonie d’ouverture par la présence massive des députés à savoir 56 au total, au début de la cérémonie et plus d’une soixante à la fin. A l’en croire c’est le signe que la crise au parlement s’est un peu réduite. Après avoir rappelé le contexte économique et socio politique dans lequel s’ouvre la session budgétaire ainsi que les défis à relever pour l’émergence du Bénin, le président Nago a lancé l’appel à une session apaisée en déclarant : « Mon vœu le plus cher est que l’examen des différents dossiers à l’ordre du jour de cette deuxième session ordinaire soit l’occasion de l’expression d’une large convergence des points de vue des différents courants politiques de notre parlement, pour aboutir au terme des débats à un consensus favorable au développement intégral de notre pays ; car les enjeux sont si importants qu’il n’y a de place que pour l’intérêt de notre nation ». La crise Guinéenne a également préoccupé le président de l ’Assemblée nationale, Mathurin Koffi Nago qui a fait part dans son discours de sa préoccupation de même que celle du parlement béninois. C’est pourquoi, au nom des Parlementaires béninois et en son nom propre, il a lancé un appel à tous les protagonistes guinéens afin qu’ils recherchent ensemble des solutions pacifiques et durables à la crise . Discours du président Nago ... Mesdames et Messieurs, Je voudrais, avant tout propos, vous dire ma satisfaction et mon grand plaisir de vous accueillir à la présente cérémonie d’ouverture solennelle de la deuxième Session ordinaire de l’année 2009 qui enregistre fort heureusement, contrairement à d’autres sessions antérieures, une majorité de députés. La situation s’est donc quelque peu améliorée et je m’en réjouis profondément. Et cela me permet de délivrer du premier coup mon allocution d’ouverture et de vous souhaiter, d’entrée, Mesdames et Messieurs, au nom de tous mes collègues Députés et en mon nom personnel, une amicale et chaleureuse bienvenue dans cette grande salle historique de délibération du Parlement Béninois. Je vous remercie particulièrement de sacrifier une partie de votre temps précieux pour rehausser de votre présence cette importante cérémonie et pour témoigner ainsi votre intérêt et votre attachement à une cause noble et valeureuse, celle de la démocratie béninoise en construction, dont l’Assemblée Nationale reste l’expression vivante et l’un des principaux moteurs. Vous êtes donc, Distingués invités, Mesdames et Messieurs, les partenaires et les témoins d’une œuvre qui s’édifie lentement, mais sûrement, et qui se consolide patiemment au fil des années et au fil de nos débats, même les plus passionnés. Ces mots, loin d’être l’expression de simples formules de courtoisie, traduisent les profonds sentiments qui m’animent à la tête de cette haute Institution de la République, et qui m’inspirent la certitude qu’au-delà de la profondeur de leurs divergences d’opinion, de choix et de stratégies politiques, tous les députés de l’Assemblée Nationale du Bénin partagent la pleine conscience des missions que le peuple béninois leur a confiées, à travers les dispositions de la Constitution du 11 décembre 1990. En effet, l’ambiance difficile et peu conviviale qui a caractérisé les six derniers mois que nous venons de passer ensemble ne nous a pas empêché d’abattre un travail appréciable. C’est donc avec bonheur que je voudrais rappeler, Mesdames et Messieurs, qu’au cours de cette période de référence, nous avons tenu une session ordinaire et deux (02) sessions extraordinaires qui nous ont permis d’adopter dix huit (18) lois parmi lesquelles je citerai principalement : la loi n° 2009-09 relative à la protection des données à caractère personnel en République du Bénin ; la loi n° 2009-10 relative à l’organisation du recensement électoral national approfondi (RENA) et à l’établissement de la liste électorale permanente informatisée (LEPI) ; la loi n° 2009-17 portant modalités de la coopération intercommunale en République du Bénin ; la loi n° 2009-18 portant pension et autres avantages aux anciens Présidents de la République ; la loi n° 2009-22 portant institution du Médiateur de la République ; la loi n° 2009-25 portant autorisation de ratification de la charte de l’eau du Bassin du Niger. S’agissant du contrôle de l’action gouvernementale, une autre de nos missions constitutionnelles, dont l’objectif est d’assurer et de garantir la rigueur et la transparence dans la gestion des affaires publiques, seize (16) questions écrites ont été posées par les députés et transmises au gouvernement dont neuf (09) ont déjà pu obtenir à ce jour des réponses. De même, les députés ont adressé au gouvernement, au total douze (12) questions orales ou d’actualité dont la moitié a pu être enrôlée et examinée. Ces questions portent sur différents sujets de préoccupation nationale. Il convient de souligner par ailleurs qu’au cours du semestre précédent, les députés ont initié deux (02) interpellations à l’endroit du Président de la République, dont une seule, celle relative aux menaces et atteintes à l’unité nationale et aux libertés, a pu être traitée, conformément aux dispositions de l’article 113 du Règlement Intérieur de l’Assemblée Nationale. Durant cette même période, plus précisément au cours du mois d’Août dernier, tous les parlementaires, répartis en six (06) équipes, ont effectué des tournées sur l’ensemble du territoire national, pour rencontrer les populations et les élus locaux de toutes les communes du pays, afin de leur rendre compte des tâches exécutées à ce jour à l’Assemblée Nationale et recueillir leurs préoccupations et leurs souhaits. Par cette initiative, les députés ont démontré à leurs électeurs que le parlement reste proche d’eux et très attaché à leurs problèmes et à leurs besoins. L’intérêt majeur de cette initiative réside dans le fait que les députés, toutes tendances confondues, sont allés parler d’une même voix à leurs mandants, montrant ainsi leur capacité de s’entendre pour rechercher des solutions consensuelles et adéquates aux problèmes cruciaux auxquels sont confrontés leur pays et leurs compatriotes. Honorables invités, Mes chers collègues députés, Mesdames et Messieurs, Cette deuxième session ordinaire, comme vous vous en doutez, sera consacrée au principal à l’étude du Budget Général de l’Etat, exercice 2010. Ainsi, elle aura à examiner le projet de loi de finances et le programme d’investissements publics pour cette année. Il s’agit de donner au Gouvernement les moyens qui lui sont nécessaires pour mettre en œuvre au cours de l’année 2010 la politique nationale de développement. Dans ce cadre, les exigences accrues d’une gestion rigoureuse, transparente et équilibrée des finances publiques, ajoutées aux chocs engendrés par la crise financière internationale sur notre économie constituent des repères essentiels qui nous imposent d’aborder la présente session budgétaire avec beaucoup de sérénité, de réalisme et d’esprit de responsabilité. En effet, notre économie, comme toutes les économies nationales, de par le monde, continue de subir les conséquences dramatiques de la crise financière internationale, du reste sans l’avoir vraiment mérité. Tout le monde connait en effet les origines lointaines et immédiates de cette crise, l’une des pires vécues par la communauté internationale. Cette crise, vous le savez bien, est partie des Etats-Unis d’Amérique, puis s’est généralisée à l’ensemble du système financier et bancaire mondial, en induisant ici et là de graves conséquences aux plans économique et social. Je la perçois comme l’échec d’un long processus d’accumulation continue de ressources et de volonté effrénée d’enrichissement qui a permis au capitalisme de forger une nouvelle forme de société, la société globale, qui est profondément marquée par l’emprise du capital bien au-delà de la sphère économique réelle. L’une des premières conséquences et manifestations de cette accumulation continue de ressources, est l’émergence désormais du capitalisme financier à base de capital fictif, pourvoyeur d’intérêts exorbitants avec son corollaire répréhensible, « l’économie casino » qui est totalement déconnectée de l’économie réelle. Les conséquences de la crise financière internationale sur les économies africaines ont été ressenties de manière particulièrement douloureuse, à travers le ralentissement de la croissance économique, la baisse des flux de capitaux, la contraction des transferts financiers des migrants, la baisse des flux d’aide publique au développement, la chute des flux du commerce extérieur, couplée à la volatilité des cours des matières premières et des changes. Pour faire face à cette situation grave, la politique envisagée par la plupart des pays privilégie souvent des mesures conjoncturelles à court terme, en accordant par exemple une priorité à la relance budgétaire, à la réduction des taux d’intérêt, à la recapitalisation des institutions financières, à une mobilisation accrue des ressources internes, etc., toutes mesures qui ne peuvent permettre, à elles seules de résoudre le mal profond dont sont victimes nos économies extraverties. C’est pourquoi, Mesdames et Messieurs, Chers collègues, je considère, pour ma part, que la crise nous offre l’opportunité d’envisager des réformes profondes aussi bien économiques qu’institutionnelles. Il s’agira notamment de repenser nos modèles de croissance, nos budgets et nos actions afin qu’ils soient mieux orientés vers un développement durable et équilibré. Cette crise nous offre également l’occasion de repenser le rôle de l’Etat dans nos économies fragiles qui évoluent quasiment en marche forcée vers des économies de marché. A cet égard, des relations équilibrées entre secteur privé et Etat doivent être privilégiées, ce dernier devant toujours conserver une mission de régulation des marchés et d’allocation efficiente des ressources. L’espace de l’Etat et celui du secteur privé doivent, à tout moment, être négociés et modulés suivant le niveau de développement de nos économies. Il est donc, de nos jours, utile et indispensable de dépasser le dilemme Etat/Marché, car les expériences réussies de développement venant d’Asie nous édifient sur la nécessaire complémentarité de ces deux logiques et non l’affirmation péremptoire et idéologique de la suprématie de l’une sur l’autre. La récente crise financière et les interventions de l’Etat dans la stabilisation des marchés financiers et la relance économique dans presque tous les pays à économie libérale d’Europe et d’Amérique illustrent bien ces postulats et confortent la nécessaire présence de l’Etat pour promouvoir le développement et garantir la protection des plus faibles et un partage équitable des fruits de la croissance. Vu sous cet angle, le développement des pays d’Afrique est possible et l’émergence prônée pour notre pays le Bénin, pourra devenir une réalité à condition que le capital humain y conserve une place prépondérante, à la fois comme socle d’ancrage, acteur et bénéficiaire de la croissance et qu’un accent particulier soit mis sur la mobilisation des ressources financières internes. Dans ce contexte, deux points fondamentaux méritent également toute notre attention, à savoir : le désengagement de l’Etat de divers secteurs productifs de l’économie nationale au profit de certains opérateurs privés ; la gestion des finances publiques. En effet, Chers collègues députés, Mesdames et Messieurs, nous savons tous que le recours au processus de privatisation résulte le plus souvent de l’inconscience des cadres et agents chargés de la gestion de notre patrimoine national. Cette inconscience se manifeste par l’absence de rigueur dans la gestion, la primauté des considérations politiques sur la rationalité technique dans la prise des décisions, les détournements et la corruption. Dès lors, il apparaît qu’une bonne gestion de nos entreprises publiques aurait permis de les conserver dans le patrimoine national et de les faire prospérer dans l’intérêt des travailleurs et de la Nation Béninoise. L’expérience a également montré que l’implication du secteur privé a, en général l’avantage de faciliter les mobilisations des financements nécessaires, l’accès aux technologies appropriées, à une expertise requise ou à un marché. Par contre, la présence de l’Etat préserve les intérêts nationaux et la mission de service public. Nonobstant ces motivations économiques, financières et techniques qui fondent les opérations de privatisation des entreprises publiques, celles-ci ne conduisent pas toujours aux résultats escomptés. Outre qu’elles induisent souvent des effets pervers sur l’emploi, leur influence positive sur la productivité, la compétitivité et la qualité de service des entreprises est parfois insuffisante et non perceptible. Ceci s’explique par le choix d’opérateurs privés peu sérieux, mus uniquement par la recherche effrénée de superprofits, au détriment du bien-être des travailleurs qui contribuent également à la prospérité des entreprises ainsi qu’au détriment du pays dont le développement durable ne semble nullement les préoccuper. C’est pourquoi, certains de ces opérateurs privés notamment les multinationales ne respectent pas toujours les engagements pris lors de la reprise des entreprises et finissent par plier armes et bagages en abandonnant les entreprises, les travailleurs, voire le pays dans une situation dramatique. De tels cas sont nombreux, vous le savez bien, particulièrement dans les pays africains. Par conséquent, nous demandons au Gouvernement de notre pays d’être encore plus vigilant, plus exigeant dans la conduite des opérations de privatisation des entreprises publiques, en insistant davantage sur les engagements humains et sociaux chez les opérateurs privés, sur la qualité et la maîtrise des coûts de leurs prestations et en évitant surtout d’amener dans la "bergerie", des "loups" souvent trop voraces. Honorables invités, Mesdames et Messieurs, Autant que le premier point que je viens ainsi d’évoquer largement, le deuxième point, à savoir, la gestion des finances publiques, suscite, aujourd’hui comme hier, beaucoup de réflexions, d’analyses et de débats jusque dans les localités les plus reculées de notre pays, à la fois au niveau des gouvernants et des gouvernés. C’est que le bonheur, tout comme le malheur de notre Nation, passe par là. Une bonne gestion de nos ressources publiques nous permettra de faire face efficacement aux défis du développement de notre pays afin de le conduire sûrement sur la voie de l’émergence, comme nous le souhaitons tous. Par contre, une mauvaise gestion, surtout si elle perdure, va nous amener inexorablement dans un état de décrépitude et d’arriération jamais égalé. Nous tous, devons en prendre davantage conscience, surtout avec les dernières "affaires" qui ont été portées à la connaissance du peuple béninois. Nous devons en prendre conscience, d’abord pour nous-mêmes, pour notre survie ; ensuite pour la survie de notre postérité et de notre Nation. A cet égard, les responsabilités sont à prendre à tous les niveaux : au niveau du Gouvernement et des autres Institutions, par la prise et l’application rigoureuse de mesures appropriées d’inspection et de contrôle ; au niveau de l’Administration centrale et décentralisée, au niveau des structures d’inspection, au niveau des ONG et des opérateurs privés, etc. Tout le monde est concerné. Et un travail d’envergure et de longue haleine de conscientisation, de sensibilisation, de moralisation, d’assainissement, mais aussi de contrôle et de sanction, doit être conçu et mis en œuvre, si nous voulons ensemble débarrasser notre pays à la fois de ce grand mal qu’est la mauvaise gestion et de ses différents corollaires. Honorables invités, Chers Collègues députés, Mesdames et Messieurs, Outre l’examen du Budget Général de l’Etat, notre session aura à connaître de nombreux autres dossiers, notamment : le projet de loi portant code de procédure pénale ; le projet de loi portant code pénal ; le projet de loi portant gestion de l’eau en République du Bénin ; des projets de lois portant autorisation de ratification d’accords de crédit ou de conventions internationales ; le projet de loi portant lutte contre la corruption en République du Bénin. A propos de ce dernier projet de loi, autour duquel il y a eu une forte mobilisation, je voudrais réaffirmer que les députés, comme ils l’ont toujours fait, sauront jouer pleinement et en temps opportun leur partition. Mais je dois saisir cette opportunité, pour également dire aux uns et aux autres qu’au-delà des dispositions de toutes les lois présentes ou futures contre la corruption, c’est dans nos têtes et dans nos cœurs que nous devons d’abord ériger les remparts les plus efficaces contre ce fléau. Mesdames et Messieurs Mon vœu le plus cher est que l’examen des différents dossiers à l’ordre du jour de cette deuxième session ordinaire soit l’occasion de l’expression d’une large convergence des points de vue des différents courants politiques de notre parlement, pour aboutir au terme des débats à un consensus favorable au développement intégral de notre pays ; car les enjeux sont si importants qu’il n’y a de place que pour l’intérêt de notre nation. Chers Collègues, Mesdames et Messieurs, Je ne saurais terminer sans évoquer avec tristesse et douleur la tragédie que vit actuellement le peuple frère de Guinée. Le peuple béninois et sa représentation nationale ne sauraient rester indifférents à ce qui est arrivé en Guinée. C’est pourquoi, au nom des Parlementaires Béninois et en mon nom propre, je lance un appel à tous les protagonistes guinéens afin qu’ils recherchent ensemble des solutions pacifiques et durables à la crise à laquelle est confronté leur pays. Excellences, Mesdames et Messieurs les Chefs de Missions diplomatiques et consulaires ; Mesdames et Messieurs les Représentants des Organisations internationales, Je connais votre attachement à l’approfondissement de la démocratie dans nos différents pays. Tout en vous exprimant nos remerciements pour le soutien constant que vous apportez à nos efforts en vue de réduire substantiellement la pauvreté de nos populations, je voudrais exprimer mon souhait de voir la communauté internationale se préoccuper, au même degré, du règlement des conflits quelle que soit la région qui est affectée. C’est sur ces mots et en souhaitant plein succès à nos travaux que je déclare ouverte la deuxième session ordinaire de l’année 2009. Je vous remercie de votre aimable attention. Par : Hermann MIGAN (Coll.)Source : Aube Nouvelle du 28 octobre 2009

Publié dans Article de presse

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