Nouvelle loi sur la presse togolaise, la liberté de presse en danger

Publié le par Rochereau


Mon séjour à Lomé coïncide avec le débat sur la nouvelle loi sur la presse votée par l’Assemblée nationale au Togo. Si aujourd’hui, le Togo jouit d’une bonne reputation sur le plan international en ce qui concerne la liberté de presse, c’est grâce à la loi qui supprime les peines privatives de liberté sur les délits de presse. En témoigne le dernier classement de Reporter sans frontière (RSF) où le Togo a même devancé des pays comme le Bénin. De plus l’ensemble de la presse togolaise avait reçu un satisfecit après les élections législatives de 2007 de la part du gouvernement togolais et des partenaires au développement pour avoir contribué à organiser des élections apaisées. Aujourd’hui, beaucoup d’observateurs se posent des questions sur les raisons qui ont poussé les autorités à initier et à faire adopter une loi liberticide à l’égard de la presse. En effet, le 30 octobre dernier, le parlement togolais a adopté une loi qui donne des pouvoirs énormes à la Haute autorité de l’audiovisuelle et de la communication (Haac). C’est ainsi l’autorisation ou le récépissé  peut être retiré sans mise en demeure préalable en cas de modification substantielles des données au vu desquelles l’autorisation ou le récépissé  avait été délivré, notamment des changement intervenus dans le capital social, dans les modalités de financement etc. suivant l’article 26 nouveau, la Haac reçoit dans les conditions déterminées, par le code de la presse et de la communication, dépôt légal des publications nationales et étrangères mises en circulation au Togo. Les programmes et enregistrements des émissions télévisées doivent lui parvenir. D’autres dispositions aussi contraignantes les unes que les autres sont prises dans cette loi pour museler la presse. C’est à croire que cette loi votée uniquement par les députés du rassemblement du peuple togolais, parti au pouvoir au Togo ne s’est chargée que du volet sanction. On se demande le rôle de la justice dans tout ça. Si une institution comme la Haac peut confisquer le matériel de travail d’un organe de presse pour faute grave ou va-t-on ? De plus pour l’heure on ne sait pas ce que les députés mettent dans ‘’faure grave’’. C’est dire que c’est laissé à l’appréciation des conseillers de la Haac. Alors que le Togo est pris aujourd’hui en exemple pour ses efforts en matière de liberté de presse, on se demande la mouche qui a piqué les autorités pour qu’elles envoient une loi aussi rétrograde à l’Assemblée nationale. Et les gens sont plus étonnés quand les honorables l’ont voté comme une lettre à la poste sans voir le revers de la médaille et ce que cette loi va faire comme boucan sur le plan international. Déjà les associations de presse du Togo et la ligue togolaise de droit de l’homme sont déjà montées au créneau pour dénoncer cette loi. Elles demandent au chef de l’Etat de ne pas la promulguer. Pour cela, des manifestations sont prévues dans la capitale togolaise les jours à venir. Si pour d’aucuns les gouvernants sont dans leur rôle, on comprend mal comment des professionnels des medias puissent défendre une loi aussi liberticide et aussi décriées. En effet, au cours d’une émission animée sur une chaîne de télévision privée togolaise, un journaliste certainement à la solde du pouvoir en place a tenu des propos que l’on ne saurait qualifier ici. Tout ce simplement regrettable. Qu’un journaliste puisse défendre une loi qui muselle la presse juste pour faire plaisir ou pour des espèces sonnantes et trébuchantes. C’est vraiment dommage. Pourquoi faut-il que le Togo s’illustre négativement après un pas positif apprécié par tous? Dans tous les cas le combat n’est pas perdu, les professionnels doivent s’unir pour que le chef de l’Etat ne promulgue pas cette loi liberticide.

 

Publié dans Article de presse

Commenter cet article